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Georges Sylvain, écrivain engagé contre l’occupation américaine

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    Georges Sylvain, écrivain engagé contre l’occupation américaine Guy Ferolus

Georges Sylvain naît en 1866 en République dominicaine où sa famille s’était réfugiée, après le bombardement du Cap-Haïtien par le Bull Dog et le Galathée. Après sa naissance, ses parents rentrent en Haïti et s’établissent à Port-de-Paix où il effectue sa scolarité.

Il poursuit ses études à Port-au-Prince au Petit-Séminaire Collège Saint-Martial puis à Paris à partir de 1880. Après son baccalauréat, il s’inscrit à la Faculté de droit de Paris où il obtient sa licence.

Mais la poésie le séduit à cet époque. Il écrit à Paris des pièces de théâtre qui paraîtront dans son recueil Confidences et mélancolies, publié seulement en 1901, en même temps que Cric-crac, un recueil de fables en créole, imitées de La Fontaine.

De retour au pays, en 1888, il se jette dans l’action. Il collabore au journal La Vérité avec Jacques Nicolas Léger, Emmanuel Léon et Lara Miot. Il fonde l’Ecole de droit. En 1894, il est nommé Chef de division au département de l’Instruction publique. Il devient à partir de cette date le grand animateur des centres intellectuels de son pays. En juin 1900, il fonde la Société de législation et l’Œuvre des écrivains haïtiens pour promouvoir les lettres. Il entre dans l’équipe de la Ronde. Il fait des tournées de conférences à travers la province. Passant à Jérémie, il pousse Etzer Vilaire à livrer ses vers à la grande revue port-au-princienne. A la même époque, il fonde et dirige le Petit Théâtre. En 1904, il marque le centenaire de l’Indépendance en publiant, en collaboration avec Solon Ménos et Dantès Bellegarde, une anthologie haïtienne en deux volumes (I, Les poètes ; II, Les prosateurs).

En 1905, il fonde l’Alliance française. Son dévouement à cette organisation lui vaudra d’être promu Officier de la Légion d’honneur et Officier de l’Instruction publique par le Gouvernement français.

Georges Sylvain est nommé ministre plénipotentiaire à Paris en 1909. Il gardera ce poste jusqu’en 1912. A la mort de son compatriote Anténor Firmin, il lui succède comme membre de l’Institut international de sociologie. Tout en représentant Haïti à Paris, le diplomate est accrédité dans les mêmes fonctions près du Saint-Siège.

Goethe disait : « Je suis un homme, donc un lutteur. » Georges Sylvain a été cet homme. Sur son lit de mort, le patriote confiera à sa famille éplorée : « Il faut des victimes à une cause, je suis une victime voulue et consentie. »

Lorsque, en 1915, son pays, en proie à l’anarchie, tombe sous la botte américaine, sa réaction éclate, claire et décisive : « Je ne me résignerai pas à cette occupation, je lutterai jusqu’au bout pour libérer Haïti. » Il écrira plus tard : « Nous lutterons, nous et nos enfants, tant que notre patrie n’aura pas recouvré la plénitude de son indépendance. Nous le devons à nos morts héroïques, pères à jamais bénis, qui avez tant peiné pour que les enfants issus de votre sang eussent au moins dans le monde un coin de terre, où vivre en paix, libres et respectés. »

Et il entre en lice. Il fonde son journal : La Patrie. Georges Sylvain paraît être dès lors celui qui sent et parle pour la nation. L’Américain le comprend et se hâte de fermer ce journal de combat. Mais le patriote publiera ailleurs et il parlera. Il collabore au journal d’Edouard Pouget, la République. Voici comment Perceval Thoby nous le montre dans le feu de l’action : « Il porta, avec une virile et invincible fermeté, la bataille partout où il pouvait atteindre l’ennemi, l’attaquant sans merci, mais loyalement, avec les armes courtoises du chevalier. Georges Sylvain n’a rien négligé pour faire triompher la cause de la nation. Conférences, meetings populaires, manifestations nationales, poésies, chansons, articles de journaux, discussions juridiques, controverses constitutionnelles, mémoires adressés au Sénat et au Gouvernement des Etats-Unis, correspondances constantes avec des personnes influentes au dehors, voyages, tournées patriotiques dans les départements, tel fut l’effort immense, l’effort surhumain que le patriotisme désintéressé arrache à ce laborieux, courbé du matin au soir, sur le problème angoissant de notre libération.

Il faut le noter, Georges Sylvain n’avait rien d’un exalté. Il a décidé d’agir, mais avec tact et dignité, ayant : « La conviction très nette qu’aucun secours ne nous viendra de personne d’autre que nous-mêmes, et que la conduite à tenir dans ces négociations impérieuses, aggravées à dessein d’une pression militaire, se ramène à une formule bien simple : beaucoup de tact, beaucoup de dignité. » (1er septembre 1915).

Il sait que la lutte sera dure et longue, cependant jamais il n’a perdu confiance : « Un jour viendra peut-être, où la semence de vérité déposée dans les esprits germera, et si nous savons mériter notre rédemption, y aidera efficacement ». Il ne s’est pas davantage laissé décourager par ses adversaires. Les pacifistes, qui sont pour une collaboration franche et loyale avec l’occupant, ne lui pardonnent pas, en effet, de brûler du patriotisme le plus pur, et lui firent la guerre.

Mais c’est ensemble que tous les patriotes devaient lutter et voici fondée en 1922 l’Union patriotique, dans une petite halle de la rue Pavée. Georges Sylvain y a son cabinet d’avocat et le comité, son bureau central. Le mouvement s’étend bientôt en province. L’Union patriotique y organisera 41 filiales. Cette même année, Sylvain est élu Bâtonnier de l’Ordre des avocats.

Il s’agissait de rallumer ou de ranimer partout l’amour de la patrie, mais aussi d’instruire et d’éduquer le peuple asservi :

« Allons résolument au peuple pour l’instruire et le moraliser. Mettons-y notre honneur, mettons-y notre fierté. Avez-vous fait le compte de ce qu’il peut vous coûter pour avoir trop reculé cet apostolat nécessaire ? L’indépendance de notre pays — tout simplement. »

Cette action intense, pour l’honneur et le salut de la patrie, épuisa les forces du lutteur. Il meurt sur la brèche, le 2 août 1925, à l’âge de cinquante-neuf ans.

Le pays lui fait des funérailles grandioses. C’est par milliers que les patriotes haïtiens conduisent le grand disparu à sa dernière demeure. La masse paysanne du marché tombe à genoux au passage de la dépouille mortelle du leader de l’Union patriotique. Dans le cortège, 41 couronnes de fleurs, sans compter les bouquets. Au cimetière, 21 orateurs se succèdent pour célébrer à l’envi le grand homme qui avait tant mérité de la Patrie. Tous les journaux de la capitale et de la province, même ceux qui avaient combattu Georges Sylvain, lui consacrent un article nécrologique pour louer ses mérites, son courage et ses talents d’écrivain et de poète. Georges Sylvain demeure le symbole de la résistance haïtienne à l’occupation américaine. (P. Pompilus et R. Berrou, Histoire de la littérature haïtienne illustrée par les textes, Éditions Caraïbes, 1977 )

Écrit par Guy Ferolus

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