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Mathilda Beauvoir, danseuse et prêtresse vaudou

par le 4 juin 2020

« Manbo » et performeuse hors pair, Mathilda Beauvoir avait son péristyle à Paris en plein cœur de Montmartre. Elle y donnait un spectacle vaudou tous les soirs devant un public parisien. En 1976, le journal Le Monde lui a consacré un long reportage dont voici un extrait : « En plein Pigalle, à deux pas du Moulin-Rouge, dans une impasse étroite, un portail discret percé par un judas grillé arbore comme seule inscription un nom : Mathilda Beauvoir. N’entre pas qui veut.  » Qui vous a invité ? « , demande une voix méfiante à travers la porte. Ce n’est ni une maison close ni un club pour goûts spécialisés, mais le seul temple vaudou en Europe. À l’intérieur, une quarantaine de personnes, des Blancs pour la plupart et très  » seizième arrondissement « , terminent un repas de style africain, servi par des garçons et des filles noirs souriants. Après le repas, deux jeunes batteurs s’installent devant leurs tambours. Il est 22 h. 30, et ils ne s’arrêteront pas avant 4 heures du matin.

Avant la cérémonie proprement dite, il y a une petite fête pour chauffer la salle. Sept jeunes Haïtiennes, pieds nus, robes et foulards bleus, se mettent à chanter et à danser en relevant leurs jupes jusqu’à la taille, tandis que Mathilda Beauvoir, la  » mambo  » (prêtresse du vaudou), vient saluer les spectateurs.

Ceux-ci sont invités ensuite – entraînés, obligés plutôt – à gagner la piste. Malgré sa gêne évidente, ce public très huppé doit danser au rythme des tambours, se coucher par terre, jouer le  » jeu des fesses « , se tenir par la main pour faire une ronde, sous l’œil critique et amusé de jeunes filles dont la grâce et la souplesse sont un reproche vivant à la civilisation occidentale.

Vite essoufflés, les spectateurs s’installent sur des petits tabourets en paille, disposés en demi-cercle. Pendant qu’on prépare la  » caye-mystères  » ou  » bagui  » (la partie du temple où se trouve l’autel) derrière un rideau et que les officiants vont s’habiller, Claude Planson, ancien directeur du Théâtre des nations, auteur du livre Vaudou, un initié parle, et mari de Mathilda, raconte l’histoire de ce temple et présente la cérémonie qui aura lieu.

Il y a huit ans, une centaine de sympathisants français se sont cotisés pour acheter ce local à Pigalle et le transformer en temple. Ils ont également créé une association pour l’étude du vaudou, à laquelle appartiennent des psychologues, des sociologues et des ethnologues connus. Ses travaux intéressent jusqu’aux spécialistes de l’UNESCO, qui vient de choisir Haïti comme  » lieu de culture authentique  » dans le cadre de sa campagne pour la sauvegarde des ethnies.

Une communauté vaudou s’est formée peu à peu à partir de l’association, avec beaucoup d’Africains et une trentaine de Blancs. Des cérémonies ont lieu toutes les semaines, le vendredi et le samedi. Elles sont ouvertes aux invités, sauf les cérémonies d’initiation. Le groupe d’officiants se renouvelle tous les dix mois environ, puisque la communauté invite chaque année une douzaine ou une quinzaine de Haïtiens à venir vivre en France, d’abord dans la forêt de Rambouillet, où elle possède une propriété, puis à Paris… »


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