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Paul E. Magloire : Paradoxe d’un président au « Kanson fè », bon vivant et passionné de musique

par le 8 janvier 2020

Né dans la localité de Quartier Morin au Cap-Haïtien, Paul Eugène Magloire fut élu en octobre 1950 à la Magistrature Suprême d’Haïti. Bénéficiant de l’héritage de la bonne gouvernance du pouvoir de Dumarsais Estimé, il mit en place ‒ pour tenir le cap ‒ un plan quinquennal de développement consistant à ériger des routes, des drainages, des écoles, des hôpitaux et même des barrages dont « Péligre » qui lui valut la très élogieuse chanson « Musique pour Péligre et Paul Eugene Magloire » de Dodof Legros comme hommage.

D’arrache-pied, Port-au-Prince, avec le Bicentenaire, devenait un centre d’attraction de premier choix pour le tourisme mondial aux côtés de Mexico et la Havane dans la région. Cependant, les programmes de Magloire n’étaient pas au bénéfice de toute la population. En conséquence, des voix s’élevaient contre lui. En réaction, il recourait à des méthodes de répression outre mesure. Notamment, lorsque les propriétaires de magasins de la Grand-rue observaient des grèves. Il se rendait en personnes sur les lieux et c’en était fini de la grève.

A chaque mouvement de revendications, Magloire s’habillait en « Kanson fè » ‒ ce qui lui devenait un surnom ‒ pour réprimer les opposants. Nonobstant, ceci n’était jamais un caillou dans le soulier du président ‒ dont l’entourage vulgarisait le slogan « Toulejou m sou ! Mwen se Whisky m bwè » ‒ quand il fallait se mettre au pas.

Sur le Bicentenaire, à chaque Noël, la Première Dame, Yolette Leconte Magloire, organisait la soirée de « La Foire Aux Etoiles » afin de récolter des fonds pour des œuvres sociales. L’Ensemble au Calebasse de Nemours Jean-Baptiste balançait les sons cuivrés du Konpa Dirèk encore en gestation. Magloire, emballé, décida à un certain moment d’exercer son talent de danseur avec les dames, épouses des Hauts-gradés de l’armée, qui entouraient Madame Magloire. Des pas proches de la contredanse nourris par la jubilation et la volupté qui survolaient tout le Bicentenaire, lui comme ses cavalières n’avaient pas les pieds sur terre. À un certain moment, répétitivement, il attirait la dame et la matait contre son ventre, et revenait en arrière. Et là, on entendait les militaires époux, voix d’intonation complaisante, clamer en chœur : « Ba yo Prezidan ! Ba yo ! ».

Les spectacles de ce genre, Magloire ne s’en lassait jamais, que ce soit à Mahotière, dans la commune de Carrefour, chez un ami qui s’appellerait « Jeanty » où Achille Paris alias « Ti Paris » aurait débuté sa carrière, ou à Cabane Choucoune, Cathédrale de la musique haïtienne à l’époque. Depuis le « Morne Canapé-Vert », une fois qu’on entendait la sirène du cortège présidentiel, quel que soit l’orchestre qui performait, il fallait exécuter « Men djab la », chanson fétiche de l’homme au « kanson fè ». Et ce dernier, depuis l’entrée du club, arrivait en dansant une porteuse d’offrande dans les cérémonies liturgiques des fêtes patronales.

En bref, il faut comprendre qu’avec Magloire au Palais National, sans interférence problématique, la culture et la politique était intimement conglomérée. À telle enseigne, un théâtre fut implanté au beau milieu du Caserne de Dessalines. Malheureusement, après avoir manifesté ses velléités d’amender la constitution afin de briguer un second mandat, la colère populaire se soulevait contre lui et le contraignit de remettre le pouvoir à  Nemours Pierre-Louis, président du Tribunal de Cassation à l’époque. À ce moment, la musique haïtienne notamment perdait un « mécène » que la dictature des Duvalier allait en intensifier le regret.


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