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Boisrond Tonnerre, « vivre libre ou mourir »

par le 17 septembre 2019

Fabrique littéraire : Boisrond Tonnerre

Félix Boisrond est né à Torbeck en 1776. D’après la tradition, la foudre tombe tout près de son berceau, le jour de sa naissance sans lui causer le moindre mal. C’est à la suite de cet incident qu’il reçoit le surnom de Tonnerre. Son père Mathurin Boisrond était charpentier dans la plaine de Torbeck. Le jeune Félix Boisrond a pu faire ses études à Paris au collège de la Marche grâce à son oncle et parrain Louis François Boisrond. En effet, celui-ci nommé député de la colonie en France emmène son filleul avec lui.

Au retour de Boisrond-Tonnerre en Haïti en 1798, sa famille est fixée à St Louis du Sud. Il rencontre Dessalines en 1803 au Camp Gérard, où Geffrard avait établi son quartier Général. Le ton brusque de ce jeune homme comme aussi son affectation à parler le créole le plus grossier plaisent tellement à Dessalines qu’il le prend à son service et en fait son adjudant-général. C’est en qualité de Secrétaire privé de Dessalines que Boisrond-Tonnerre est arrêté le jour même de l’assassinat de l’empereur, emprisonné et exécuté dans son cachot à coups de baïonnettes. Il n’a alors que trente ans. Sur les murs de son cachot, on découvre le quatrain suivant :

Humide et froid séjour fait par et pour le crime

Où le crime en riant immole sa victime

Que peuvent inspirer tes fers et tes barreaux

Quand un cœur pur y goûte un innocent repos ?

L’œuvre principale de Boisrond Tonnerre sont ses Mémoires pour servir à l’histoire d’Haïti, publié en 1851grâce à Joseph St-Rémy, avec une notice historique et critique. Ce livre est un mince volume d’une centaine de pages qui retrace une partie de la révolution de St-Domingue, de l’arrivée de l’expédition Leclerc à la proclamation de l’indépendance exclusivement. Mais il est surtout l’immortel auteur de l’acte et de la proclamation de l’indépendance.

Boisrond-Tonnerre vu par Demesvar Delorme et Hénock Trouillot

« Si l’expression de la colère et de la victoire encore incertaine a été poussée jusqu’aux accents convulsifs de la haine, il faut, pour être juste, faire un peu la part des temps. Le sang n’était pas encore séché sur les champs de bataille innombrables qui marquaient les étapes de cette lutte de géants, on heurtait encore dans les bois les cadavres, tout tièdes des derniers soldats, le vent du soir balançait encore aux branches des arbres le bout de corde rompue des derniers gibets, le drapeau de Premier Consul pouvait encore se voir, au loin, à l’horizon de la mer derrière, les dernières étincelles de l’incendie et des bivouacs voltigeaient dans les mornes, les âmes étaient haletantes de toutes les violentes émotions de la vengeance, les soldats, appuyés sur la baïonnette de leurs fusils, s’attendaient à chaque instant à entendre le cri  » aux armes » s’élever encore du rivage.

« D’autre part, le ciel de la France s’éclaircissait en Europe. Le Consulat avait relevé partout les affaires de la République… Les rois se taisaient et baissaient la tête. L’officier d’artillerie du Camp de Toulon allait être élevé sur le pavois de Charlemagne. Le soldat d’Arcole et des Pyramides était sur le point de ceindre le diadème des Césars :

Et du Premier Consul, déjà, par maint endroit,

Le front de l’Empereur brisait le masque étroit.

« Aucune raison alors pour les soldats de Desssalines de croire que tout était dit, qu’ils avaient livré leurs derniers combats que les lauriers de Vertières avaient ombragé leurs derniers exploits, que la patrie qu’ils venaient de fonder ne serait pas, avant six mois, envahie par des armées plus nombreuses, par des Rochambeaux plus cruels. On les avait fait dévorer par des chiens enragés, achetés à la Havane, pouvaient-ils savoir qu’on n’allait pas cette fois leur amener des tigres et les jeter aux bêtes, comme jadis les gladiateurs et les premiers chrétiens ? Dans une telle situation, ne fallait-il pas excuser le citoyen qui, résumant dans son âme ardente tout le martyrologe de ses frères a été appelé à consacrer son pays par un acte solennel, à réunir les citoyens autour de l’autel de la liberté, à leur demander le serment de vivre libres ou mourir ?

« Oui, il faut lui pardonner les cris de haine et de sang qui assombrissent sa mémoire. Il faut amnistier le Tyrtée furieux qui pensait préluder au troisième acte du drame sanglant ouvert par Ogé sur la grande place du Cap. » (Demesvar Delorme)

« Boisrond-Tonnerre, le premier en date des écrivains de la jeune nation, représentait un de ces partis, celui de Dessalines où la haine des blancs, ou plutôt des français, était à son paroxysme (…) L’un de ses traits essentiels comme écrivain, c’est que dans sa phrase robuste et colorée, les adjectifs pleuvent comme en cascade. On dirait un homme dont les sentiments sont trop ardents pour être renfermés dans une phrase. Alors, il court à la recherche des mots, des adjectifs qui conviennent, c’est-à-dire les plus forts, et qui tonnent comme des coups de canon d’alarme. » (Hénock Trouillot, Les origines sociales de la littérature haïtienne)


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