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Le compas direct

par le 10 août 2019

Dans la seconde moitié de la décennie 1950 marquant la naissance du compas, on assista à l’expansion d’un nouveau phénomène, les mini-jazz ou les groupes de musique dansante. Dans cette nouvelle dynamique, de nouveaux acteurs musicaux s’imposèrent à Port-au-Prince, comme Weber Sicot, Murât Pierre, Gérard Dupervil. La province, le « pays en dehors » selon l’expression de Gérard Barthélémy, ne fut pas en reste, avec les groupes Méridional dans le Sud, Septentrional et Tropicana dans le Nord. Vers le milieu des années 1950, le saxophoniste Nemours Jean-Baptiste créa son propre style musical, plus proche du meringue dominicain que de la meringue haïtienne, qu’il nomma « Compas direct », devenu compas (ou konpa). Dès son origine, le compas fut en décalage avec la musique folklorique haïtienne par ses influences, d’autant qu’il s’agissait d’une musique urbaine dans un pays essentiellement rural. Le mouvement de Nemours Jean-Baptiste, suivi par d’autres comme Weber Sicot, a été le fruit d’une volonté de renouveau dans la musique haïtienne de l’époque. Mais c’est à la fin des années 1960 que le compas prit véritablement son essor. En effet, au début des années 1960, Haïti connut la vague des « mini-jazz », groupes musicaux de jeunes très influencés par le mouvement yéyé français, qui apportèrent un son nouveau, grâce aux guitares électriques. Parmi eux, le groupe Shleu-Shleu, créé en 1965, adapta ce nouveau style à la musique compas, faisant évoluer cette dernière et déclenchant le succès immédiat de cette musique, y compris au-delà des frontières. La musique haïtienne exerçait alors une véritable hégémonie dans la Caraïbe des années 1970, la diaspora ayant aussi largement contribué à l’exportation du compas.

Chaque régime politique privilégia un type de mouvement culturel, le gouvernement de Paul Eugène Magloire (1950-1956) ne faisant pas exception à la règle. Les officiers de l’armée, les commerçants et les fonctionnaires furent favorables à la montée d’un nouveau genre musical, socialement et politiquement moins impliqué. Dans les night-clubs, les hôtels huppés et les cérémonies officielles, les orchestres de compas, Nemours Jean Baptiste, Weber Sicot et bien d’autres, furent régulièrement invités à se produire. L’engouement pour le compas direct s’explique par plusieurs raisons : le nouveau genre s’éloigne de l’idéologie indigéniste et devient l’alternative musicale pour les jeunes des villes qui avaient été attirés par d’autres formes musicales, venues de l’extérieur, les musiques yéyé, pop, latine ; la structure rythmique et harmonique du compas direct est beaucoup plus saisissable que celle des musiques importées ; l’introduction des instruments électriques (guitare, orgue) attirent les danseurs par la nouveauté de leurs timbres ; la tenue vestimentaire des groupes et le décor fascinent le public, amateur et consommateur de nouveaux modes culturels. À la suite des orchestres pionniers cités, le compas connut un succès phénoménal dans la décennie 1970 avec de nombreux groupes : d’abord les Shleu-Shleu dès le milieu de la décennie 1960, puis Tabou Combo, les Difficiles, les Gypsies, les Frères Déjean, Skah Shah, Magnum Band, Scorpio Universel, D.P. Express et bien d’autres.

(Source : A. Calmont, Haïti entre permanences et ruptures, Ibis rouge éd.)


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