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Le rêve d’un Haytien, par A. Dupré (1782-1816)

par le 20 octobre 2019

En rêve j’assistais dans un conseil des Dieux :

Le puissant Jupiter, ceint d’un bandeau suprême,

Ordonna ce qui suit aux monarques des cieux ;

« Immortels qui sous moi portez le diadème,

Descendez sur la terre,

Inspirez aux mortels

D’aimer l’humanité. Des humains, je suis père.

Je les fis tous égaux ; mes décrets éternels

N’admettent ni rangs, ni couleurs,

Je juge l’homme par ses mœurs. »

Il dit. Neptune et Mars, portés sur un nuage,

De l’illustre Albion abordent le rivage :

Là, le Grand Frédéric, Wilberforce, Canning

D’abord sont embrasés d’un feu pur et divin,

Là, Whitbread, Sidney Smith, Prothérose et cent autres

Sont de la liberté les glorieux Apôtres ;

Ces hommes vertueux par les dieux inspirés,

Pour les peuples d’Afrique,

Pour ceux de l’Amérique,

Pour l’univers enfin plaident les droits sacrés.

Minerve descendit aux Champs du Continent,

Et du bon Washington fut le guide prudent.

Je crus voir le fourbe Mercure.

S’envoler vers Paris,

La chose est-elle sûre ?

Non : mais par les divers écrits

Que Malquet nous lance,

Je crois en conscience

Que le Dieu des fripons est maintenant en France.

L’auguste liberté

La tendre humanité

Et le redoutable Bellonne

(Divinités sans sceptre et sans couronne)

Abandonnant du ciel les célestes palais

Furent dans Haïti se fixer pour jamais.

Cette belle et riche contrée

A des fléaux longtemps livrée

N’avait plus son premier éclat.

Cependant un auguste Sénat

Que présidait un sage

Tâchait de réparer les maux et le ravage

Que des cruels Européens,

Par leur affreuse tyrannie

Firent à la triste Patrie

Des malheureux Haïtiens.

Pétion en était le Chef et le père,

Les trois Divinités, d’une sainte ferveur,

Pénètrent ce héros, embrasant son grand cœur.

Leur main invisible et le guide et l’éclaire.

Ce vertueux mortel Inspiré par le Ciel

Bannit de sa patrie

L’affreuse tyrannie.

Écarta l’intrigant.

Rendit nul le méchant,

Éloigna l’hypocrite,

Et dans le premier rang fit asseoir le mérite.

Ici le doux sommeil s’enfuit de ma paupière

Je revis les humains et revis leur misère.

Mais je me trouvai heureux

De voir qu’il existait des hommes vertueux,

Grâce au mortel qui régit ma patrie.

Je vois couler en paix tous les jours de ma vie.

Grâce aux sages nés dans le peuple anglais,

L’Africain désormais

En détestant un maître

Sur la terre qui le vit naître

Ne vendant plus ses fils, deviendra plus heureux.

Obligé d’être libre, il sera vertueux.

Haïtiens, croyez-vous que mon songe

Soit entièrement un mensonge ?

Réfléchissez

Et décidez.


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