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Haïti : devrait-on remplacer le français par l’anglais ?

par le 28 mai 2020

Le temps où la langue française régnait sur Haïti a bien révolu. Tout au long du vingtième siècle le français faisait « partie des bonnes manières ». Il était la langue des grands événements de la vie. Il donnait lieu à des joutes oratoires attentivement suivies. On le cultivait dans des cercles littéraires et les clubs d’amateurs qui s’essayaient à la prose ou à la poésie, à la capitale comme dans les villes de province. Mais le temps a bien changé. Le pragmatisme économique a remplacé cet engouement pour la culture. L’Haïtien d’aujourd’hui est obnubilé par les mythes américains du « tout est possible » où l’argent et la réussite matérielle doivent être les premiers critères d’une vie épanouie. Résultat : l’anglais a presque supplanté le français en Haïti et même des voix s’élèvent aujourd’hui pour exiger que le français soit officiellement remplacé par la langue du puissant voisin. 

Ceux qui portent cette revendication estiment que le néo-colonialisme français est plus à redouter que l’impérialisme agressif des États-Unis. A leurs yeux, le français serait plus nuisible qu’utile au développement d’Haïti. Ajouté à cela, la langue française n’aurait pas autant d’atouts que l’anglais sur le marché du travail… Toute une série de poncifs, colportés et alimentés depuis des décennies par ceux qui pensent que le monde commence et s’arrête aux frontières des États-Unis. 

La juste réhabilitation du créole et l’américanisation des esprits 

Depuis 1918, toutes les constitutions haïtiennes faisaient obligation d’utiliser le Français dans les services publics. La constitution de 1964 dans son article 35 stipule que :« Le Français est la langue officielle. Son emploi est obligatoire dans les services publics : néanmoins, la loi détermine les cas et conditions dans lesquels l’usage du créole est permis et même recommandé, pour la sauvegarde des intérêts matériels et moraux des citoyens qui ne connaissent pas suffisamment la langue française ».

A cette époque et pendant longtemps le français était un outil d’exclusion entre les mains de l’élite haïtienne. La majorité créolophone était méprisée et discriminée mais les écrivains de la seconde moitié du vingtième siècle qui se réclamaient de l’indigénisme ont réhabilité le créole. Aujourd’hui, son utilisation dans les hautes sphères de la société ne fait plus grincer les dents. 

Le christianisme a également, reconnaissons-le, contribué à relever le créole de son état d’infériorité par rapport au français. Les protestants ont traduit la Bible et composé des cantiques en créole. Les prêtres catholiques, en se joignant plus tard au mouvement, l’ont généralisé et y ont entraîné la bourgeoisie. Mais dans le même temps l’influence du français décroît. Pas à cause du progrès spectaculaire du créole, qui était une bonne chose et qui répondait à une juste revendication, mais en raison de l’américanisation des esprits.

Le linguiste Pradel Pompilus s’inquiétait dès 1952 de la percée de l’anglais, il plaidait, en vain, pour qu’on enseigne le français aux masses. Ceux qui accusent aujourd’hui la langue française d’être la source principale de l’insuffisance du système scolaire haïtien oublient que le vrai problème réside dans l’inefficacité des méthodes d’enseignement. Au lieu de remettre en cause une pédagogie inadaptée et archaïque, on préfère jeter le bébé avec l’eau du bain. Et puis ceux-là qui se montrent les plus révoltés par l’utilisation du français dans les écoles haïtiennes, n’ont absolument aucun scrupule à mettre leurs enfants dans des écoles américaines. 

Jean Price Mars lui-même qui a si justement revalorisé la culture haïtienne et le créole, n’a jamais renié ni le français ni la culture française. Il considérait même Haïti comme la « fille aînée de la révolution française ».

Associer systématiquement la langue française au colonialisme français, est un stratagème bien connu des tenants du modèle américain qui ont constamment le mot « business » à la bouche. En nous vendant un nationalisme rance et dépassé, ils ne se gênent pas dès que l’occasion se présente de nous déballer fièrement leur catalogue d’anglicismes. Ils nous demandent de nous défaire du français pour mieux asseoir l’hégémonie culturelle américaine. 

Si la part africaine est déterminante dans l’identité haïtienne, l’apport culturel français n’est pas négligeable. Je ne cesse de rappeler que toute la littérature haïtienne est écrite en français. On peut seulement regretter le fait que le créole n’ait pas réussi à s’imposer à côté du français comme langue d’écriture. Mais exiger qu’on remplace le français par l’anglais est tout simplement une folie. Le français et le créole doivent concourir à la résistance face à l’impérialisme culturel américain.


Commentaires
  1. Jean   le   1 juin 2020 à 1:36

    Chef la li te le li te tan pou nou te komanse pale angle ak kreyol paske ayisyen itilize lang franse a pou yo kloure prop tet yo. Ou pa we pifo ayisyen gen problem avek sa yo ekri an franse. Se zanmi w Jean-Claude Dorsainvil, sa fe lontan wi Guy ki kote w ye la

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