Jacques Roumain entre génie littéraire et combat politique

par le 26 juin 2020

Né en Haïti le 4 juin 1907 dans une famille bourgeoise, Jacques Roumain est le petit-fils de Tancrède Auguste, président d’Haïti entre 1912 et 1913. Il effectue ses études d’abord à Port-au-Prince puis en Suisse où il se familiarise avec la langue et la culture allemandes. Après sa scolarité, il voyage en Allemagne, en France et en Angleterre, avant de s’arrêter en Espagne pour ses études d’agronomie qu’il ne terminera jamais. En 1927, alors âgé de vingt ans, il décide de rentrer chez lui.

Il devient tout de suite une figure incontournable de la scène littéraire en faisant partie d’un petit groupe d’écrivains qui se propose de renouveler la pensée et l’art en Haïti. Co-fondateur de la revue Indigène, Jacques Roumain y publie des poèmes, des nouvelles, quelques traductions de l’espagnol et de l’allemand. Puis, sollicité par l’action, il se lance dans la mêlée politique contre l’occupation américaine, ce qui va soulever l’enthousiasme autour de son travail. Mais cela va également lui attirer des ennuis.

Emprisonné une première fois en 1929, il est condamné à la prison pour délit de presse à la suite d’un procès sensationnel. A sa libération, le climat politique avait changé et Jacques Roumain, déjà président de la Ligue de la Jeunesse Patriote Haïtienne et délégué du comité de ratification des pouvoirs du Président Provisoire Eugène Roy, est nommé chef de division au ministère de l’Intérieur. C’est à cette époque qu’il publie ses premières œuvres : La proie et l’Ombre, Les fantoches et La Montagne ensorcelée.

En désaccord avec le gouvernement, il démissionne de son poste au ministère de l’intérieur : il va être arrêté en 1933, puis libéré sans jugement. En 1934 il fonde le Parti Communiste Haïtien et publie l’Analyse schématique, un essai politique qui prône l’instauration du marxisme. Il sera de nouveau arrêté et jugé par un tribunal militaire qui le condamne à trois ans d’emprisonnement. A sa libération, il part pour l’Europe.

A Paris, Jacques Roumain s’initie à l’Ethnologie sous la direction de Paul Rivet au Musée de l’Homme ainsi qu’à la Société des Américanistes. En 1939, il publie dans la revue Présences un article contre le racisme : « Griefs de l’homme noir ». La même année, à cause de la guerre qui s’annonce en Europe, il gagne les États-Unis et poursuit ses travaux à l’université Colombia. Par la suite, il restera près d’un an à Cuba où il s’adonne à l’écriture auprès du poète Nicolás Guillén qu’il avait connu auparavant à Paris.

L’arrivée au pouvoir du président Élie Lescot en 1941 lui permet de regagner son pays. Fondateur du Bureau d’ethnologie d’Haïti, professeur d’archéologie, Jacques Roumain effectue des recherches et collabore à de nombreuses revues scientifiques. Il s’oppose à la campagne menée par l’Église catholique contre le vaudou en publiant en 1942 : A propos de la campagne antisuperstitieuse et engage dans les colonnes du Nouvelliste une retentissante polémique avec le Père Froisset. Il fait paraître la même année sa Contribution à l’étude de l’ethnobotanique précolombienne des Grandes Antilles qui reçoit l’accueil élogieux des milieux spécialisés tant étrangers qu’haïtiens. En 1943, Le Sacrifice du Tambour Assoto, étude d’ethnologie religieuse, montre l’ampleur des connaissances et la haute valeur scientifique du jeune auteur.

En dépit de son désaccord avec le gouvernement haïtien, il accepte un poste de Chargé d’affaires au Mexique. Peu de temps après, il tombe malade et sera contraint de rentrer chez lui. Il retrouve le pays, les arbres qu’il aime, le ciel qu’il chante et cette nuit tropicale qui « arrive comme une femme en deuil ». Reparti pour son poste, Jacques Roumain est revenu moins d’un an après pour mourir le 18 août 1944 à l’âge de 37 ans.

A sa mort, il laisse d’importants manuscrits dont le chef-d’œuvre Gouverneurs de la Rosée, qui sera publié pour la première fois à Port-au-Prince en 1944.


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