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Le discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire

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Dans son Discours sur le colonialisme, le poète martiniquais Aimé Césaire se propose de dénoncer les méfaits de la colonisation. C’est avant tout une charge contre l’Europe coloniale. Cette Europe qu’il qualifie d’indéfendable.

Le texte, paru en 1950, fut à la base une commande de Chemin du monde, une revue de droite qui préparait à ce moment-là un numéro spécial sur la colonisation. Ses rédacteurs ont fait appel à plusieurs spécialistes de la question coloniale dont le jeune député Aimé Césaire qui venait de voter en 1946 la loi sur l’assimilation coloniale.

On attendait de lui qu’il critique évidemment les dérives du colonialisme mais surtout qu’il parle du rôle “civilisateur” de la colonisation. Et bien non, Aimé Césaire prend le contre-pied et saisit l’occasion pour rédiger un texte virulent qui va faire couler beaucoup d’encre.

La colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral […] Au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès, lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. (Discours sur le Colonialisme, 1950, Aimé Césaire)

La colonisation, je le répète, déshumanise l’homme même le plus civilisé ; […] l’action coloniale, l’entreprise coloniale, la conquête coloniale, fondée sur le mépris de l’homme indigène et justifiée par ce mépris, tend inévitablement à modifier celui qui l’entreprend ; […] le colonisateur, qui, pour se donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la bête, s’entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-même en bête. (Discours sur le Colonialisme, 1950, Aimé Césaire)

 

Écrit par Guy Ferolus

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