Virginie Sampeur, la première poétesse haïtienne

par le 8 décembre 2019

L’émission Fabrique littéraire consacrée à Virginie Sampeur

Née à Port-au-Prince le 28 mars 1839, Virginie Sampeur est une grande voix de la poésie haïtienne du 19e siècle. Elle était l’épouse du poète Oswald Durand. Elle a collaboré à diverses revues littéraires haïtiennes et est l’auteur d’un roman autobiographique Angèle Dufour. Pour une raison inconnue, elle a brulé plusieurs de ses manuscrits avant de s’installer en France en 1876. Georges Sylvain lui rendra hommage dans Confidences et Mélancolies en 1901 : « Et, voici que s’élevant au-dessus de ces symphonies lointaines, une plainte d’une mélancolie et d’une douceur infinie a retenti jusqu’à nous ! C’est la cantilène de Sapho, l’immortelle « abandonnée » que redit après l’héroïne grecque, mais avec un bien moindre sûreté d’expression, une des rares haïtiennes qu’ait tentées la gloire d’Ana-Caona »

Son célèbre poème L’abandonnée, écrit en 1876  est une œuvre déchirante :


“ Ah ! si vous étiez mort ! De mon âme meurtrie
Je ferais une tombe où, retraite chérie,
Mes larmes couleraient lentement , sans remords…
Que votre image en moi resterait radieuse!
Que sous le deuil mon âme aurait été joyeuse!
 Ah! si vous étiez mort!

Je ferais de mon coeur l’urne mélancolique
Abritant du passé la suave relique,
Comme ces coffrets d’or qui gardent les parfums;
Je ferais de mon âme une ardente chapelle
Où toujours brillerait la dernière étincelle
De mes espoirs défunts.

Ah ! si vous étiez mort , votre éternel silence ,
Moins âpre qu’en ce jour , aurait son éloquence ,
Car ce ne serait plus le cruel abandon
Je dirais: « Il est mort, mais il sait bien m’entendre,
Et peut-être en mourant n’a-t-il su se défendre
De murmurer: « Pardon! »

Mais vous n’êtes pas mort! ô douleur sans mesure!
Regret qui fait jaillir le sang de ma blessure,
Je ne puis m’empêcher, moi, de me souvenir;
Même quand vous restez devant mes larmes vraies,
Sec et froid, sans donner à mes profondes plaies
L’aumône d’un soupir!

Ingrat ! vous vivez donc, quand tout me dit vengeance !
Mais je n’écoute pas ! A défaut d’espérance 
Le passé par instants revient , me berce encor.
Illusion, folie ou vain rêve de femme,
Je vous aimerais tant, si vous n’étiez qu’une âme!
Ah! que n’êtes-vous mort!


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